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Entre matière usée et parole venue d’ailleurs: l’ASSE en mutation invisible

Entre matière usée et parole venue d’ailleurs: l’ASSE en mutation invisible

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Dans les replis d’un club aussi enraciné que l’AS Saint-Étienne, il existe des dynamiques qu’on ne remarque pas tout de suite. Des gestes techniques, des habitudes, des flux logistiques ou humains qui dessinent l’âme d’un groupe sans jamais faire la une. À côté des performances et des résultats, l’ASSE St Étienne live est aussi traversée par deux mouvements silencieux : la manière dont elle traite ce qu’elle use, et celle dont elle accueille ce qui vient de loin.

Chaque semaine, des dizaines d’équipements sont utilisés, remplacés, pliés, lavés — mais aussi triés, recyclés, ou redirigés. Le cycle de la matière sportive à l’ASSE ne s’arrête pas à la fin du match : il se prolonge dans une chaîne de gestion où durabilité, économie et responsabilité commencent à peser plus que le simple confort.

En parallèle, dans les vestiaires et sur le terrain, des accents variés résonnent : ghanéens, portugais, malgaches, belges, serbes… L’internationalisation de l’effectif stéphanois transforme le quotidien du club, pas seulement sportivement, mais culturellement. Langues, rituels, musique, alimentation, gestes partagés — une nouvelle alchimie se construit.

Entre les ballons usés bien repliés et les chants venus d’Accra ou de Praia, c’est un club discret mais vivant qui se redessine chaque jour, au fil des mains et des voix.

Ce que devient ce que l’on use: l’envers logistique et recyclé de l’ASSE

Dans l’imaginaire du football professionnel, tout semble neuf, prêt, impeccable. Mais à l’AS Saint-Étienne, une réalité bien plus concrète se cache derrière les jolis sacs d’équipement : chaque maillot, chaque chasuble, chaque ballon a un cycle de vie. Et lorsqu’ils ne brillent plus, ces objets ne disparaissent pas — ils sont triés, traités, réutilisés, parfois recyclés. Une mécanique discrète, mais pensée dans le respect des matières, des budgets… et d’un minimum de conscience environnementale.

À l’heure où les clubs sont invités à revoir leur empreinte carbone, l’ASSE St Étienne live adopte, pas à pas, une logique circulaire autour du textile et du matériel d’entraînement. Une philosophie faite de petits gestes : réparer au lieu de jeter, redistribuer au lieu d’accumuler, valoriser ce qui semble usé. Voici comment ce processus fonctionne dans le quotidien du club :

Élément utilisé en entraînement ou en matchGestion post-utilisation et politique d’optimisation à l’ASSE
Tenues d’entraînement usées ou déforméesRéaffectées aux équipes jeunes ou au staff technique, ou bien données à des associations partenaires locales ou internationales.
Maillots de match non réutilisés (anciens modèles)Conservés pour des événements internes, ateliers de formation, ou intégrés dans des actions caritatives et éducatives.
Chasubles abîmées ou déchiréesRéparées manuellement si possible ; sinon, transformées en éléments de balisage ou en chiffon de terrain pour le nettoyage.
Sacs de transport plastifiés (polyéthylène épais)Stockés pour être réutilisés plusieurs saisons ; les plus détériorés sont triés et envoyés dans un circuit de recyclage spécialisé.
Ballons déformés ou inutilisablesServent aux exercices de motricité pour les plus jeunes ou sont détournés pour des actions pédagogiques dans les écoles locales.
Bouteilles plastiques et contenants jetablesRemplacés progressivement par des gourdes individuelles ; le tri est systématisé en fin de séance avec un point de collecte dédié.
Chaussures oubliées ou inutiliséesLorsque possible, redistribuées dans des circuits solidaires ou mises à disposition des jeunes du centre de formation.

Ce qui pourrait sembler anodin devient ici un fil conducteur d’une logistique responsable. Le matériel n’est pas sacré, mais il est respecté. Et c’est précisément ce respect de l’objet — lavé, plié, réparé, transmis — qui crée une culture plus attentive à l’effort collectif, loin du gaspillage silencieux.

À l’ASSE, même un vieux short porte encore une histoire. Et parfois, il finit dans les mains d’un jeune joueur qui rêve de suivre le même chemin. Rien ne se perd — tout se transforme.

Accents, gestes et rituels: comment l’international façonne l’âme de l’ASSE

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Au fil des saisons, l’AS Saint-Étienne a vu passer des joueurs venus des quatre coins du monde. Mais loin de se réduire à une simple diversité géographique sur une feuille de match, cette richesse culturelle infuse aujourd’hui en profondeur la vie du club. Dans les vestiaires, à l’entraînement, dans les repas ou les échanges informels, les joueurs originaires du Ghana, du Portugal, de la Serbie ou encore d’Afrique centrale ont apporté bien plus que du talent : ils ont contribué à construire un langage commun, fait de différences assumées, de gestes transmis, de sons partagés.

Cette internationalisation progressive n’a rien d’artificiel. Elle s’est installée naturellement, avec le quotidien, dans les habitudes. Les frontières tombent à mesure que les blagues se traduisent, que les musiques tournent sur l’enceinte du vestiaire, ou que les plats de chacun deviennent ceux de tous. Voici comment ce brassage culturel transforme, au jour le jour, l’ASSE St Étienne live, bien au-delà du terrain :

  • Les playlists multilingues avant les entraînements
    On passe du trap français à l’afrobeats nigérian ou au coupé-décalé ivoirien sans transition. Chaque joueur propose ses sons, et toute l’équipe découvre, danse, écoute. La musique devient langage transversal.
  • Les expressions locales entrées dans le lexique du vestiaire
    Des mots en twi (Ghana), en créole, ou en serbe surgissent dans les échanges quotidiens. Certains deviennent des blagues récurrentes, d’autres des codes internes que tout le groupe adopte.
  • Les traditions de salutation ou de célébration
    Poignées de main propres à certains pays, danses post-but spécifiques, petits rituels d’avant-match… Ces gestes venus d’ailleurs sont intégrés avec respect et curiosité.
  • L’ouverture culinaire dans les repas collectifs
    Certains soirs, au centre d’entraînement, des plats « invités » apparaissent : riz jollof, feijoada, ragoût malien ou piments créoles. Ces moments renforcent l’horizontalité du groupe.
  • La gestion collective des différences religieuses
    Périodes de jeûne, temps de prière, aménagements ponctuels : tout est pris en compte sans rigidité, avec une attention sincère de l’encadrement et des coéquipiers.
  • L’effet miroir pour les jeunes du centre de formation
    Voir un joueur ghanéen, capverdien ou slovène réussir à s’intégrer et à performer devient un modèle silencieux pour les jeunes venus de quartiers ou d’origines similaires.
  • L’apparition d’un humour transculturel
    Les incompréhensions deviennent des blagues, les erreurs de prononciation un jeu d’équipe. L’humour devient le ciment d’un collectif riche et spontané.

Cette richesse ne se mesure pas en passes décisives, mais en cohésion ressentie. L’internationalisation ne fragmente pas l’ASSE — elle la renforce. Elle lui donne une texture humaine plus profonde, une capacité d’adaptation plus fine, et une âme ouverte aux récits multiples.

Car un club n’a pas besoin de parler une seule langue pour vibrer à l’unisson. Il lui suffit de savoir écouter — et l’ASSE, ces dernières saisons, a appris à très bien entendre ce que les différences murmurent de beau.

Conclusion: ce que le club jette ou accueille raconte sa vraie nature

Loin des terrains et des tribunes, l’ASSE se révèle dans des détails qui échappent aux résumés de match. Ce que le club décide de faire d’un maillot usé, d’un ballon abîmé, d’une chasuble déchirée en dit long sur son rapport au temps, à la matière et à la responsabilité collective. Rien n’est jamais vraiment inutile à Saint-Étienne — chaque objet porte une histoire, et cette histoire se prolonge, soit par une deuxième vie, soit par une transmission.

Dans le même esprit, chaque joueur venu d’ailleurs — du Ghana, du Portugal, d’Afrique centrale ou des Balkans — n’est pas seulement un renfort sportif. Il est une voix, une culture, un rythme, une autre manière d’habiter le football. En laissant ces influences entrer dans son quotidien, l’ASSE ne se dilue pas : elle s’enrichit, elle s’élargit, elle se modernise sans perdre son ancrage.

Entre les sacs de polyéthylène repliés avec méthode et les éclats de rire multilingues d’un vestiaire vivant, le club dessine une trajectoire discrète mais forte : celle d’un collectif attentif, accueillant, et profondément humain. Ce n’est peut-être pas ce que l’on voit à la télévision. Mais c’est ce qui fait, chaque jour, l’âme durable de l’ASSE.

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